Quand KNG m’a proposée de définir le "point Godwin", j’ai d’abord été gagnée par le doute. Ce terme est-il en rapport avec le Point G, mot certes, intéressant pour ne pas dire excitant, mais qui n’a bien entendu pas sa place dans ce dico ?
Pas du tout, cependant le point Godwin est au moins aussi digne d’intérêt que le Point G. En effet, le point Godwin signifie "le point de non retour" dans une discussion.
Ce terme, qui fête ses 20 ans cette année, a été inventé par un certain Mike Godwin, un avocat américain perspicace. Il avait remarqué que plus une discussion en ligne (sur le web) dure, plus la probabilité que l’un des débatteurs accuse l’autre de se comporter en Hitler ou en Nazi était élevée. Autrement dit, quand une discussion s’éternise, la probabilité de faire référence au Nazisme ou à toute autre forme de totalitarisme est égale à 1 (pour les maths-phobiques, je traduis : cela veut dire que la probabilité devient certitude). Le point de Godwin sonne le glas d’une discussion. On considère que le terrain est miné et qu’il n’est plus possible de débattre sereinement.
Rapidement le point Godwin a pris une signification plus large. Les internautes attribuent des points Godwin ( de "mauvais points" par opposition aux bons points d’école) à ceux qui s’enflamment dans une discussion, tentent de discréditer leur interlocuteur ou de l’insulter.
Le point Godwin a su se frayer un chemin hors de la toile. Certains cumulent les points Godwin. C’est le cas de Philippe Val, ex Charlie Hebdo quand il écrit "Guy Birenbaum a fait jouer à l’Internet un de ses rôles favoris : la Kommandantur pour tous". Et il récidive "l’internet, c’est la Kommandantur du monde ultra-libéral". Certains hommes ou femmes politiques flirtent régulièrement avec le point Godwin. Ainsi Christine Albanel est une victime " Godwin", il a suffi du commentaire suivant "Je suis accablée par toutes les caricatures sur tous les bancs et par l’obstination qui consiste à présenter l’Hadopi comme une sorte d’antenne de la Gestapo, c’est particulièrement ridicule". Le casier "Godwin" de Frédéric Lefèvre est également pas mal chargé. Il accumule les points avec des déclarations du type "on voit arriver des sortes de "tontons macoutes" du LKP". On voit bien qu’aujourd’hui, si vous voulez discréditer votre interlocuteur, il suffit de déclarer qu’il a atteint le point Godwin. C’est une forme d’insulte, certes, mais nettement plus acceptable et plus moderne que de dire "vous dépassez les bornes, vous dites n’importe quoi, vous déraillez" ! et surtout cela vous permet de sortir d’une discussion la tête haute !
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